Un plat bien dressé, une odeur qui met l’eau à la bouche, une saveur familière qui évoque un souvenir… Et si le repas, dans les établissement pour les personnes en situation de handicap étaient bien plus qu’un simple moment nutritif ? Dans les foyers de vie, les MAS ou les IME, chaque déjeuner, chaque dîner est un instant suspendu qui dit beaucoup de notre manière de prendre soin. Décryptage d’un rituel qui doit rester un plaisir sans jamais devenir une contrainte !
Il est midi : plus qu’un repas, un rituel rassurant
Dans de nombreux établissements, les premières cuillères résonnent comme une petite musique familière. Certains résidents attendent ce moment avec impatience – ils reconnaissent l’odeur du plat du jour, échangent quelques mots ou un sourire avec leur voisin de table. D’autres, plus fragiles, doivent être accompagnés, parfois en douceur, parfois avec beaucoup de patience. Pour les professionnels, c’est un vrai travail d’orfèvre. Adapter la texture d’un plat, respecter un régime particulier, encourager sans forcer, tout en gardant une ambiance sereine autour de la table… Le repas devient alors un espace de soin invisible, un lieu de dignité autant que de convivialité. Et quand on a en face de nous un résident non verbal qui, pour la première fois, esquisse un sourire en goûtant un dessert qu’il aime… on se dit que tout ça a du sens.
Cuisiner, servir, accompagner : une coordination (presque) millimétrée
Faire du repas un moment de plaisir, c’est aussi une sacrée organisation. La cuisine prépare, les soignants connaissent les habitudes, les éducateurs adaptent les postures, les ergos ou les orthophonistes, parfois, ajustent le matériel ou les textures. Et pour une personne en situation de handicap, chaque bouchée peut être un petit défi : mâcher, avaler, tenir sa cuillère, supporter le bruit ambiant… Rien n’est anodin. Dans certains établissements, ils ont testé les assiettes colorées, les horaires un peu décalés, les couverts ergonomiques, les petites tables en binôme plutôt que de grandes tablées trop bruyantes. On ne réussit pas toujours du premier coup, mais chaque ajustement peut faire une grande différence. Parfois, ce sont des idées toutes simples, proposées par l’équipe, qui transforment l’ambiance d’un déjeuner.
Donner envie, sans jamais forcer
Et puis, il y a cette question qui revient souvent : comment redonner l’envie de manger ? Car on le sait, sans envie, même le plat le mieux préparé reste intact. C’est là qu’intervient tout le côté affectif, presque émotionnel du repas. Un plat qui évoque un souvenir, une odeur qui réveille l’appétit, une assiette bien présentée… Ce sont ces détails qui peuvent déclencher une bouchée. Alors on invente. Des repas à thème, un menu partagé avec les résidents, une tarte faite ensemble en atelier cuisine… Et parfois, un simple yaourt pris dehors, au soleil, fait davantage que tout le reste. Ce sont ces moments-là qu’on garde en tête. Pas pour cocher une case, mais parce qu’on a vu une personne se détendre, retrouver le plaisir, même quelques secondes.
Le repas : un espace d’humanité à cultiver
Certains établissements vont plus loin : diététiciens dans les équipes, achats en circuits courts, repas pris avec les professionnels… Des pistes riches de sens, mais encore peu généralisées. Et souvent, le quotidien nous rattrape : manque de moyens, d’effectifs, ou simplement… de temps. Mais même dans ces contraintes, on peut faire beaucoup. Réfléchir à l’ambiance sonore, au rythme du repas, à la place donnée au résident, à sa posture, à son autonomie. Le repas n’est jamais un acte neutre. C’est une rencontre. Entre une personne, ses besoins, ses envies, ses souvenirs, et une équipe qui s’efforce, chaque jour, d’y répondre avec respect et bienveillance.
Et vous, comment abordez-vous le repas dans votre structure ? Quels petits ajustements avez-vous mis en place pour allier plaisir, santé et dignité au quotidien ?